Dématérialisation des procédures administratives, omniprésence des réseaux sociaux, l’INSEE dresse le bilan des conséquences sociales de l’essor du numérique dans nos sphères personnelles et professionnelles. Des chiffres qui mettent en évidence le besoin crucial de formation et de sensibilisation autour de ces enjeux.
En octobre 2025, l’INSEE a publié une étude intitulée “Economie et société à l’ère du numérique”. Cette étude a assez peu fait parler d’elle et pourtant, elle permet de mettre en lumière plusieurs enjeux sociaux importants dans une société où la numérisation se fait de plus en plus galopante, accélérée encore par l’essor de l’intelligence artificielle. Les données de l’étude datent de 2023 et 2024.
Une fracture numérique marquée
L’étude commence par dresser un état des lieux de l’usage du numérique au sein de la population française : 82% de la population de 15 ans ou plus déclare se connecter quotidiennement à internet, avec une utilisation du smartphone par 90% de ces personnes.
Malgré cette apparente généralisation des usages du numérique, l’étude rappelle que l’utilisation ne se fait pas sans difficultés. Ainsi on apprend que 46% de la population n’est pas à l’aise avec les outils numériques, proportion qui s’élève même à 60% chez les 60-74 ans. On note également des disparités selon le niveau d’éducation et les catégories socioprofessionnelles. Ainsi parmi les personnes de 15 à 59 ans, 12 % des cadres et professions libérales ne sont pas à l’aise avec les outils numériques, contre 39 % des employés et 55 % des ouvriers.
Chez les plus de 60 ans, près d’un tiers renonce aux démarches administratives en ligne. Et pourtant, selon l’OCDE, l’indice de la France sur l’administration numérique, évaluant la transformation numérique du secteur public, est parmi les plus élevés des pays membres en 2023.
La disparité des compétences numériques se retrouve également chez les plus jeunes, avec seulement 13% des élèves de troisième de l’éducation prioritaire renforcée qui ont un niveau de maitrise élevée des compétences numériques, contre 39% pour ceux des établissements de l’enseignement privé sous contrat et 33% pour ceux des établissements publics hors éducation prioritaire.
Une exposition aux réseaux sociaux non sans conséquence
L’étude nous apprend que 30% des 18-24 ans se connectent aux réseaux sociaux plusieurs fois par heure, et 54% des 18-24 ans passent 4 heures ou plus par jour devant un écran hors raisons éducatives. Cette surexposition aux écrans a des effets notables sur la santé mentale. Une corrélation est observée entre les syndromes dépressifs et la fréquence de consultation des réseaux sociaux. En 2022, la prévalence des syndromes dépressifs varie de 8 % chez les personnes âgées de 18 à 69 ans consultant les réseaux sociaux moins d’une fois par heure, à 19 % chez celles les consultant plusieurs fois par heure. L’écart est particulièrement prononcé pour les femmes ; la prévalence peut atteindre jusqu’à 26 % chez les femmes âgées de 18 à 24 ans.
S’ajoute à cela une exposition forte à la haine en ligne, la cyberviolence et aux pratiques frauduleuses : en 2022, dans les pays de l’OCDE, les jeunes âgés de 15 ans déclarent fréquemment des expériences négatives dans leurs activités numériques : 36 % mentionnent du contenu inadapté à leur âge, 40 % des informations partagées sans leur consentement, 42 % la réception de messages offensants et 53 % des contenus à caractère discriminatoire, avec une fréquence plus importantes chez les filles.
Des métiers toujours très masculins
Enfin, l’étude nous apprend que sur les 1,3 millions de personnes qui exerçaient une profession du numérique entre 2021 et 2023, seulement 24% étaient des femmes. Malgré une augmentation plus importante des femmes rejoignant les métiers du numériques (8% par an dans les pays de l’Union européenne contre 5% pour les hommes), le chemin vers la parité est encore long.
L’ensemble des éléments de l’étude nous rappelle l’importance de la formation et de la sensibilisation à destination de tous les publics et notamment des publics fragiles.