Faillite climatique, fragilité géopolitique, bouleversement du travail et de la société par l’IA, le cocktail de cette année 2026 est détonant. Qui de l’IA ou de l’humain doit vraiment être responsable ?
Nous sortons peu à peu d’un été exceptionnel. Et pas dans le bon sens du terme : exceptionnel par la sécheresse que nos territoires subissent, exceptionnel par les canicules qui ont épuisé nos corps et nos écosystèmes, exceptionnel par les surfaces ravagées par les incendies. Pour beaucoup cet été n’aura pas rimé avec pause, repos et quiétude. Et on se demande si la saison estivale pourra encore être une période d’insouciance, ou si elle deviendra une période redoutée.
Puis nous avons tous repris le chemin du bureau pour se remettre au travail et avancer sur nos projets, notamment d’IA responsable. Car la frénésie de l’IA ne s’est pas arrêtée pendant l’été. En juin, les Etats-Unis bloquaient largement l’accès au dernier modèle d’Anthropic, Fable 5, aux ressortissants étrangers et notamment aux Européens, pendant que la Chine continuait de mettre à disposition des modèles ouverts, mais resserrait les conditions d’utilisation des derniers modèles les plus performants. L’Europe est prise dans un étau, et il parait difficile de pouvoir imaginer collectivement le futur numérique que nous souhaitons tant tout va tellement vite.
Du côté de l’emploi, l’IA agentique (système d'intelligence artificielle autonome capable de planifier, de décider et d'agir seul pour atteindre un objectif précis sans intervention humaine constante) laisse entrevoir une nouvelle ère de délocalisation, non pas vers la Chine cette fois-ci mais vers les agents IA. Que feront les centaines de milliers de “cols blancs” qui se retrouveront sans emploi si l’on continue dans cette direction ? Quelles perspectives la société pourra-t-elle leur offrir ? Et quel sera le coût environnemental lié à la massification de ces agents IA, dans une période où les conflits d’usage se multiplient, que ce soit pour l’électricité ou l’eau ?
N’avons-nous finalement pas déjà perdu sémantiquement lorsque nous avons choisi de parler d’IA responsable ? N’étant pas capables de nous montrer responsable vis-à-vis du développement de l’IA, il faudrait de ce fait travailler à ce que l’IA soit responsable à notre place ou en subir les conséquences. C’est d’ailleurs la teneur de la lettre ouverte d’une centaine d’entreprises américaines dont OpenAI, Anthropic et Google : faire de la cyberdéfense une priorité immédiate pour protéger les communs (hôpitaux, réseaux d’eau, d’électricité…) face à la menace de cyberattaques dopées par les derniers modèles d’IA. En d’autres termes, préparez-vous car nous sommes en train de fabriquer des bombes à retardement et nous n’avons pas prévu de les désamorcer.
Les œuvres de science-fiction à caractère dystopique intégrant l’IA sont légion, et pourtant nous n’appuyons pas sur la pédale de frein, pris dans une sorte de fascination technologique.
Faillite climatique, fragilité géopolitique, bouleversement du travail et de la société, le cocktail est détonant. Alors en cette rentrée, il est peut-être de bon augure de porter un regard critique à nos projets autour de l’IA, et de se montrer responsable individuellement et collectivement face à une situation qui nous oblige.