Ancien participant de la coalition numérique responsable et désormais profondément imprégné des valeurs du numérique responsable, Florian Rault a initié une dynamique collective autour de la souveraineté numérique au sein de Normandie Numérique.
Florian Rault est un ancien participant de la coalition numérique responsable, il avait fait partie de la promo 2 en 2023 en tant que responsable des systèmes d’information de la ville de Canteleu. Il travaille désormais pour la société Wisper, éditeur d’un logiciel de gestion de parcs IT intégrant des outils open source. Il est à l’initiative du groupe de travail Souveraineté Numérique nouvellement constitué au sein de Normandie Numérique. Florian Rault est par ailleurs élu d’une petite commune de Seine-Maritime, Saint-Jean-du-Cardonnay.
D’où vous est venue l’idée de constituer un groupe de travail sur la souveraineté numérique au sein de Normandie Numérique ?
Florian Rault (F.R) : C’est la conjugaison de deux choses : d’une part j’ai été profondément marqué par mon expérience au sein de la coalition numérique responsable, je suis encore en contact avec plusieurs autres personnes de la promotion. Je suis convaincu par la dimension collective qu’amène ce genre de démarche. D’autre part, je parle régulièrement de souveraineté avec mes interlocuteurs : tout le monde est convaincu et veut y aller, mais le passage à l’action est difficile. Les annonces gouvernementales récentes et les évolutions réglementaires ajoutent à ça un sentiment de devoir tout faire en même temps dans l’urgence. Ayant récemment adhéré à Normandie Numérique avec Wisper, j’ai proposé l’idée de créer et d’animer un groupe de travail sur la souveraineté numérique, ce qui a été rapidement validé et organisé par l’équipe de Normandie Numérique.
Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce groupe de travail ?
F.R : Le groupe de travail est constitué de nombreux acteurs différents : des éditeurs de logiciel, des grandes entreprises comme la Matmut, des acteurs de l’enseignement et de la recherche comme l’Université de Caen. Nous étions 26 personnes lors de notre première réunion au mois de mai. Nous avons d’abord eu une discussion sur la sémantique autour de la souveraineté numérique, avant de réfléchir aux thématiques sur lesquelles travailler. Nous en avons retenu six :
- Vision humaine et organisationnelle
- Conformité
- Lexique et vocabulaire : cadre de la souveraineté
- Marketing & communication
- Enquêtes terrain et retours d’expérience
- Recensement des solutions normandes
Nous avons également réfléchi à l’objectif et au livrable de ce groupe de travail. La question du livrable n’est pas encore complètement arrêtée. Pour plus de renseignement concernant le groupe de travail, n’hésitez pas à me contacter à florian.rault@wisper.io
Pouvez-vous nous dire en quoi le numérique responsable peut être un levier de souveraineté et réciproquement ?
F.R : Le passage forcé à Windows 11 par Microsoft en octobre 2025 est un bel exemple qui montre que les sujets sont intimement liés. Cela permet de se rendre compte de notre dépendance aux géants du numérique. Et pour réduire cette dépendance, il faut repenser la question du besoin, donc aller vers plus de sobriété d’une part (Ai-je vraiment besoin d’un PC complet pour mes utilisateurs qui n’utilisent que des logiciels sur navigateur ?) et envisager les alternatives. De mon point de vue, il y a un vrai travail à faire au niveau de l’éducation des jeunes sur la question du numérique. Aujourd’hui ils évoluent la plupart du temps uniquement sur les environnements des GAFAM (Windows, Google, etc…) et donc il faut ouvrir les esprits, à la fois techniquement et intellectuellement.
Quel conseil pourriez-vous donner aux organisations pour avancer sur le sujet de la souveraineté ?
F.R : Avancer sur la souveraineté c’est piloter un changement pour les êtres humains. Donc ça nécessite de la communication et de la pédagogie. Effectivement à ce jour Libre Office n’apporte pas les mêmes fonctionnalités que Microsoft Office. Il faut expliquer la démarche de réduction de la dépendance, et d’investissement dans des alternatives qui vont pouvoir de ce fait développer leurs fonctionnalités et ainsi se rapprocher de ce qu’offrent les GAFAM.
Quel regard avez-vous sur la situation des petites collectivités sur le sujet ?
F.R : Dans une petite commune, il y a énormément de sujets à traiter avec des équipes très réduites. Il est donc difficile d’ouvrir un sujet comme celui de la souveraineté numérique. On a nécessairement besoin de collectivités plus grandes et d’initiatives collectives qui produisent des ressources réutilisables afin que les petites collectivités ne décrochent pas sur ces sujets. C’est tout l’intérêt de démarches comme celles de la coalition numérique responsable, et la force de manière générale des communautés de communes et métropoles pour mutualiser des ressources.