Pourquoi la sensibilisation et la mobilisation sont-ils si difficiles ? Apports psychologiques du GIEC Normand 1/2

En dépit d’une communication fournie sur l’importance de réduire l’empreinte environnementale, vous peinez à voir une réelle réduction de celle-ci alors que vos collaborateurs se disent concernés par le sujet. Ce décalage entre convictions et comportements, le green gap, s’explique par un certain nombre de déterminants et de freins psychologiques. 

Le GIEC Normand, dans ses travaux publiés en 2025, a réalisé un travail sur le volet psychologique en lien avec le changement climatique. Ces travaux apportent de nombreux éclairages sur les raisons d’un phénomène connu sous le terme de green gap, cet écart entre les intentions et les actions en matière d’environnement. Ces informations sont particulièrement utiles si vous êtes confrontés à des difficultés de sensibilisation et/ou de mobilisation des collaborateurs/usagers/parties prenantes au sein de vos organisations.

Les enseignements de ce travail de revue et de synthèse scientifique, ont été divisés en trois parties : 

  • Les déterminants de la perception du risque climatique
  • Les freins psychologiques à l’action climatique
  • Les leviers pour accompagner efficacement les changements de comportements dans le cadre de la transition écologique  

Nous explorons dans cet article les déterminants de la perception du risque climatique et les pistes pour améliorer cette perception. Les freins psychologiques et les leviers pour encourager l’action seront traités dans les prochains numéros de la newsletter.

Les déterminants de la perception du risque climatique

Le risque est la combinaison de deux facteurs : la probabilité et la gravité. Les deux étant subjectifs, le risque est donc une construction psychosociale. Ceci explique le décalage entre la réalité des menaces telles que perçues par les experts et le grand public. Le risque climatique est considéré selon 2 dimensions : le risque pour soi et le risque pour la société. 


Différents déterminants influencent notre perception du risque climatique : psychologiques (individuels et collectifs), sociologiques et structurels. Les travaux du GIEC Normand couvrent les déterminants psychologiques individuels, au nombre de cinq : 

  • l'expérience personnelle : vivre un évènement climatique extrême et l'associer au dérèglement climatique permet de réduire la distance psychologique. Elle permet une meilleure perception des risques pour soi mais pas pour la société.
  • l'attachement au lieu : influence à la fois la perception des risques et les comportements d'adaptation
  • les connaissances : elles influencent positivement la perception des risques, notamment lorsqu'elles portent sur les conséquences et surtout sur les moyens d'atténuation. Elles renforcent essentiellement la perception des risques pour la société mais peu pour soi.
  • La vulnérabilité (perçue) : trois composantes structurent cette notion : 
    • le niveau d'exposition des personnes à un risque donné (ex : zone inondable)
    • la connaissances des personnes à propos des risques et des alertes
    • aptitude à répondre aux alertes et à s'adapter aux aléas
  • Les affects : Ces affects sont les premières informations disponibles face à un stimulus et interviennent de manière automatique. Ils influencent à la fois le traitement de l'information et le jugement formulé (anxiété, apathie, colère, culpabilité, ...) 

S’ajoutent à ces déterminants psychologiques individuels des déterminants plus collectifs comme la vision du monde, la culture, l’idéologie et le rapport au pouvoir.

Les pistes pour améliorer la perception du risque climatique

Les déterminants présentés améliorent la perception individuelle du risque climatique lorsque les impacts du changement climatique sont proximisés dans l'espace et/ou le temps.

De cela découlent des pistes de leviers tels que le fait de : 

  • connecter psychologiquement l'expérience personnelle aux conséquences du changement climatique,
  • développer une perception des risques pour soi (et pas uniquement pour la société) en favorisant le développement d'une connaissance locale du changement climatique,
  • utilise l'attachement à un territoire menacé comme levier d'action, favoriser des affects qui évitent le déni et impulsent une dynamique d'action.

Il semble possible d'activer ces leviers en "territorialisant" le visage du changement climatique. Pour autant, améliorer la perception du risque en s'appuyant sur ces différents déterminants ne semble pas suffire pour impulser un changement d'habitudes.

Il faudra pour cela se pencher sur les freins psychologiques à l'action dans le prochain numéro de la newsletter.