Quelles stratégies pour lever les freins à l’inaction climatique ? Apports psychologiques du GIEC Normand - Partie 2

En dépit d’une communication fournie sur l’importance de réduire l’empreinte environnementale, vous peinez à voir une réelle réduction de celle-ci alors que vos collaborateurs se disent concernés par le sujet. Ce décalage entre convictions et comportements, le green gap, s’explique par un certain nombre de déterminants et de freins psychologiques. 

Dans le précédent numéro de la newsletter, nous avons commencé à vous présenter les travaux du GIEC Normand de 2025 sur le volet psychologique en lien avec le changement climatique.
Les enseignements de ce travail de revue et de synthèse scientifique, ont été divisés en trois parties : 

  • Les déterminants de la perception du risque climatique que nous avons présenté dans la précédente newsletter
  • Les freins psychologiques à l’action climatique
  • Les leviers pour accompagner efficacement les changements de comportements dans le cadre de la transition écologique
     

Les freins psychologiques à l’action
Il existe 29 obstacles psychologiques à une atténuation et/ou une adaptation adéquate au changement climatique. 
En référence à la métaphore de nos démons intérieurs qui freinerait tout changement, Robert Gifford (2011) les nomme les Dragons (“to drag on” en anglais traîner en longueur, s'éterniser) de l’inaction. IIs sont rassemblés en 5 familles :

  • Le changement inutile : regroupe les barrières au changement en lien avec les systèmes de croyances à l’origine du déni des problèmes environnementaux et de la nécessité d’agir. Exemple : “l’évolution technologique permettra qu’on ne change pas nos modes de vie” 
  • Les conflits de but concernent les objectifs et aspirations contradictoires. Ils montrent le fait qu’agir de façon durable est vécu comme interférant avec nos modes de vie, nos investissements en temps, en argent et nos priorités immédiates. Cette deuxième famille de barrières justifie à elle seule la force de nos habitudes et toute la difficulté de les modifier.
  • Les relations interpersonnelles : incluent la comparaison constante que nous faisons avec les autres, le besoin d’affiliation et le risque de désapprobation ou de critique sociale à l’origine de l’inaction. 
  • Le manque de connaissances représente la revendication d’ignorance des personnes, ou la difficulté de savoir « comment et quoi changer ». Cette catégorie comprend l’insuffisance d’informations sur le phénomène du changement climatique et ce qu’il faudrait faire concrètement pour y remédier.
  • Le tokénisme : regroupe toutes les convictions ou modes de vie qui permettent de justifier ou cautionner l’absence de changement pérenne. On retrouve ici l’idée de « déjà faire sa part » en privilégiant les changements faciles, peu coûteux, mais hélas peu efficaces. 

Recenser et diagnostiquer les obstacles ressentis en fonction des domaines et contextes permet de construire des accompagnements ciblés ayant pour but de les lever, ou dans le cas de discours, de les réfuter.


Les leviers pour accompagner efficacement les changements de comportements
Pour les comportements pro-environnementaux, deux grandes familles d’interventions se distinguent : les stratégies informationnelles d’une part et les stratégies structurelles d’autre part. À partir de ces deux repères, 6 grands types d’intervention ont été affinés, dans une étude datant de 2022, repris dans le tableau ci-dessous : 

Types d’interventions

Objectifs 
Stratégies informationnelles Fournir des informations aux personnes pour influencer leur comportement.
Stratégies incitatives

Offrir des récompenses ou des pénalités pour motiver des changements de comportement.

Définir des objectifs Encourager les individus à se fixer des cibles comportementales spécifiques qu'ils visent à atteindre.
Feed-Back Donner aux individus des informations sur leur comportement ou performance passée.
Stratégies engageantes Conduire les individus à s'engager à adopter (ou de s'abstenir à réaliser) certains comportements.
Architecture de choix (Approche Nudges) Modifier le contexte dans lequel les gens prennent des décisions, sans limiter leurs choix afin d’encourager un comportement pro environnemental.

En termes d’efficacité, il ressort des études analysées les éléments suivants : 

  • Les stratégies informationnelles basées sur l’apport et le développement de connaissances ont peu ou pas d’effets.
  • Les stratégies engageantes, basées sur le développement d’habitudes semblent être prometteuses. 
  • L’aspect coercitif des stratégies incitatives (recours à la loi et sanctions administratives) se révèle inefficace.
  • Les groupes de soutien (développement de l’identité sociale, du lien social et de l’interdépendance) et, plus encore, l’allocation de ressources matérielles ou logistiques pour faciliter la réalisation d’un comportement, s’avèrent être les stratégies les plus optimales.